Porteur
Fabienne Joliet
Session
2015
Co-porteur(s)
Thora Hermann
Titre
Tursujuq : un parc national, plusieurs paysages ? celui des Inuits, des Cris et des visiteurs
Résumé
Le Parc national Tursujuq recouvre divers territoires occupés ancestralement par les populations Inuit et Cris. Les chasseurs et pêcheurs blancs ont aussi profité de la richesse faunique et paysagère des lieux. La création de ce parc national est une action d’aménagement du territoire qui combine la conservation de la nature avec le développement touristique. Cet acte permet également de sensibiliser les habitants du sud aux cultures autochtones, tout en mettant en exergue une part de territoire arctique canadien à l’échelle internationale. Ce projet de recherche développé à partir de l’image vise à mieux comprendre comment les populations locales se positionnent par rapport aux enjeux des espaces protégés. À travers l'exemple du parc national Tursujuq, l’étude s’intéresse aux représentations de la nature, du territoire et des paysages que les différents groupes culturels en présence s’en font, ainsi que leurs pratiques associées.
Type de projet
Projet Post-Doctoral
OHM(s) concerné(s)
  • Nunavik
Disciplines
Géographie, Socio-anthropologie

Porteur

Fabienne
Joliet

Participants

Laine
Chanteloup
Laine,Thora Chanteloup, Hermann
Docteure en géographie

Membre du laboratoire Environnements, Dynamiques et Territoires de la Montagne -
UMR 5204 CNRS / Université de Savoie
Membre associée du Laboratoire Espaces et Sociétés (UMR ESO)
Membre du GDR 3062 « Mutations Polaires »
Membre du GDR PARCS

Situation professionnelle après le doctorat
Depuis septembre 2014 - Post-doctorante Labex Driihm- OHMi Nunavik, en partenariat avec Angers Agrocampus et le laboratoire ESO (UMR 6590)
L’appropriation du Parc national Tursujuq par les populations locales
Septembre 2013 - Août 2014 - ATER - Institut de Géographie alpine, Université de Grenoble - membre associée au laboratoire PACTE (UMR 5194)

Formation
2009 – 2013 - Doctorat de géographie en co-tutelle entre l’Université de Savoie - laboratoire EDYTEM (UMR 5204 CNRS) et le département de géographie de l’Université de Montréal (Canada)
Titre de la thèse - A la rencontre de l’animal sauvage : dynamiques, usages et enjeux du...
Thora
Hermann
Laine,Thora Chanteloup, Hermann
Docteure en géographie

Membre - International Arctic Social Sciences Association (IASSA)
Membre - Indigenous and Community Conserved Areas (ICCA) Consortium
Membre - TILCEPA working group of the IUCN on Indigenous and Local Communities, Equity, and Protected Areas
Membre DIALOG - Research and Knowledge Network Relating to Aboriginal Peoples

Situation professionnelle
Professeure de géographie au département de géographie de l’Université de Montréal

Expérience professionnelle
Juin 2011- 2015 - Université de Montréal, Departement de Geographie, Canada –Professeure titulaire
- 6 projets de recherches sur les interrelations nature / culture en contexte autochtones , importance des valeurs culturelles et spirituelles de la nature , impact des changements globaux sur la biodiversité arctique et les populations autochtones
- Co-coordinatrice (avec Dolores André) du projet sur les échanges interculturels entre les premières nations Innu et Naskapi et les...

Sites d'études

Site d'études
Umiujaq
Description
À des fins comparatives, un concours photographique et des entretiens avec les habitants de la communauté d’Inukjuak seront menés, tels que menés à Umiujaq, Kuujjuarapik et Whapmagoostui.
Localisation
Site d'études
Kuujjuarapik
Description
Les communautés inuites et cries de Kuujjuarapik et Whapmagoostui collaboreront sur une réalisation commune dans le but de les réunir.
Localisation

Rapports n+

Rapport année n+1
La mise en œuvre des espaces protégés dans l’Arctique canadien vise à conserver les territoires représentatifs des régions naturelles tout en assurant une protection des sites exceptionnels. Ces espaces sont des sites patrimoniaux créés au profit des populations locales mais aussi pour l’ensemble des citoyens canadiens.

La plupart des travaux effectués sur les espaces protégés traite cet objet de recherche à travers deux entrées principales: une partie de la littérature s’intéresse aux enjeux de gestion des espaces protégés et particulièrement aux conflits générés par la protection dans la mesure où celle-ci s’accompagne de mesures coercitives qui peuvent rentrer en contradiction avec la présence anthropique et la pratique de certaines activités telles que la chasse, l’agriculture, le développement industrielle (sylviculture, hydroélectricité …) (Lewis, 1996 ; Héritier et Laslaz, 2008 ; Laslaz et al., 2010). D’autres travaux analysent au contraire les aménités et les risques liées à la création d’un espace protégé avec par exemple le développement de l’activité touristique au sein de ces espaces et les problèmes de capacités de charge que ces activités peuvent poser (Duval, 2007 ; Héritier, 2002 ; Bushell et Eagles, 2007).
Ces entrées thématiques sont toutefois en décalage avec les enjeux des espaces protégés de l’Arctique canadien. En effet, la mise en œuvre de ces espaces de protection s’est faite en parallèle à la montée de la reconnaissance des peuples autochtones locaux. Au Nunavik, l’entente Sanarrutik signée en 2002 complétée par l’entente Sivunirmut de 2004, a mandaté l’Administration Régionale Kativik pour la création et la gestion des parcs nationaux créés sur le territoire. Cette structure de gouvernance, qui a vu le jour en 1978 lors de la signature des accords de la baie James, vise à assurer des services publics aux Nunavimmiuts, à prendre en compte leurs intérêts et leurs besoins. La création d’espaces protégés au Nunavik vise donc à intégrer la volonté des populations locales en autorisant par exemple au sein des parcs nationaux les pratiques traditionnelles de chasse et pêche pour les populations autochtones. De plus, bien que les parcs essaient de monter des programmes d’interprétations afin de promouvoir le développement touristique en leur sein, l’éloignement de ces espaces et les difficultés d’accès limitent le tourisme de nature. Les parcs nationaux ne sont donc pour l’instant pas confrontés aux risques de surfréquentation touristique et aux questions de capacité de charges des milieux rencontrés par d’autres espaces protégés de par le monde. Les questionnements reposent plutôt sur la mobilisation des populations locales au développement des parcs afin que ceux-ci reflètent «l’esprit» et «la personnalité» des lieux (Tuan, 1979), et non un développement venant du sud.

La présence d’espaces protégés au Nunavik soulève donc de nouvelles problématiques qui n’ont pour l’instant que peu été traitées. Plus encore que sur d’autres terrains d’études, les processus de patrimonialisation compris dans la création d’un espace protégé s’accompagnent ici d’enjeux d’ordre à la fois social, culturel, politique, économique et identitaire. Dans la mesure où ces espaces protégés sont un mode de protection de l’environnement naturel d’origine occidentale intégré par des populations autochtones, il est important de s’interroger sur les modes d’appropriation culturelles de ces espaces.

Le parc national Tursujuq offre un espace privilégié pour approfondir les réflexions autour de la notion d’espaces protégés en milieu autochtone. Créé en 2013, cet espace protégé est le troisième parc national créé au Nunavik. D’une superficie de 26 106,7 km2, il est le plus grand de ces parcs. Situé à proximité du village d’Umiujaq, sur la côte est de la baie d’Hudson, son vaste territoire est également régulièrement visité et utilisé dans le cadre d’activités traditionnelles par les habitants d’autres communautés inuit limitrophes, les communautés d’Inukjuak et de Kuujjuarapik ainsi que par les Cries de la communauté de Whapmagoostui. En sus des différents groupes autochtones, la création de ce parc national touche également les différents citoyens de ces communautés non bénéficiaires de la convention de la Baie James et les populations touristiques susceptibles de venir visiter le parc et dont le modèle culturel est majoritairement celui des sociétés occidentales (Québec, Canada, européens). Différents groupes culturels sont donc amenés à utiliser le territoire de cet espace protégé, à en produire des discours et images distincts, à se l’approprier de manière différenciée.

Ce projet de recherche vise à interroger dans quelle mesure ces différents groupes culturels s’approprient le territoire de ce parc national. L’analyse du rapport au territoire, traduit en anglais par le terme «sense of place» et en français par celui de «territorialité», vise à étudier «les différents sens, symboles et qualités qu’une personne ou un groupe de personnes associe (consciemment ou inconsciemment) avec un lieu» (Datel et Dingemans, 1984 : 135), en analysant leurs sentiments, attitudes et comportements à l’égard de celui-ci.
Pour ce faire, nous partons des travaux effectués par F. Joliet (2010 ; 2012) sur la relation paysagère des habitants d’Umiujaq, de Kuujjuarapiq et de Whapmagoostui au territoire du parc national Tursujuq avant sa création. Ces premiers travaux visaient à comprendre « les différentes sensibilités esthétiques » des divers groupes culturels présents sur le territoire du parc permettant ainsi de « toucher les qualités fonctionnelles et d’appartenances au territoire (et) de saisir le désir inconscient qui est sous-jacent à ces attachements et ces motivations » (Joliet, 2010 : 201). Ces travaux ont notamment montré que le parc était au croisement de deux cosmologies (vision holiste animiste des populations autochtones vs vision dichotomique occidentale) qui se traduit par différentes visions du paysage et « une répartition hétérogène des paysages emblématiques des uns et des autres » (Joliet, 2010 : 214). Afin de compléter ces travaux, l’objectif du présent travail est:

1/ d’approfondir la matrice d’images déjà collectées afin d’affiner les réflexions sur le regard paysager des Inuit et des Cris. Cette entrée par le paysage est un « objet commun, partagé par tous les acteurs d’un territoire bien qu’ils s’en fassent des représentations bien différentes » (Dérioz et al., 2010). L’usage de l’image permet d’acquérir des données non discursives, en offrant un autre mode d’expressions que l’entretien, permettant de diversifier le type de données collectées et donc d’approfondir par des données multi-sensoriels les connaissances sur le rapport au territoire (Trell et Van Hoven, 2010). L’entrée par le paysage est de plus « un support intéressant de médiation et de mobilisation des acteurs » (Dérioz et al., 2010), ce qui en fait donc un « pourvoyeur d’informations » et « un outil d’observation » pertinent pour appréhender la vision autochtone (géographie sensible) sur un parc national, espace protégé au fondement occidental.

2/ d’utiliser les images produites (native image making) comme «embrayeur de narration», afin de collecter des informations sur les pratiques, les perceptions et les attentes à l’égard de cet espace protégé. La méthodologie de l’entretien est traditionnellement utilisée afin d’obtenir différentes informations sur les pratiques et les valeurs développées au sein d’un territoire. Coupler ces entretiens aux images permet d’éviter de mauvaises interprétations des images produites et suscitent de nouvelles idées auxquelles les participants n’auraient pas pensé lors d’un entretien classique (Trell et Van Hoven, 2010).

Les résultats de ce travail seront utilisés dans le centre d’interprétation du parc national Tursujuq.

Pièces jointes publiques

Compte-rendu de la présentation du projet réalisée lors du séminaire de restitution de l'OHMI NUNAVIK, qui a eu lieu à Québec les 19 et 20 novembre 2015.