Projet AQUABIO/IMALIRIJIIT

Programme de Biosurveillance Aquatique de la rivière George : qualité des eaux et dynamique temporelle des changements environnementaux par télédétection spatiale.  

Projet co-porté par José Gérin-Lajoie, Université du Québec à Trois-Rivières pour le Québec et Jean-Pierre Dedieu, CNRS/IGE Grenoble pour la France (2016-2017) ; Jan Franssen, Université de Montréal et Jean-Pierre Dedieu, CNRS/IGE (2018) ; Jean-Pierre Dedieu, CNRS/IGE et Esther Lévesque, Université du Québec à Trois-Rivières (2019-2020).

Le bassin versant de la rivière George (Nunavik, Québec) est un vaste ensemble géographique (42 000 km2, 600 km de long) qui offre un site unique pour un projet transdisciplinaire OHM. Le programme de biosurveillance aquatique sur la rivière George, AQUABIO, a été initié en 2016 suite à une demande de la communauté de Kangiqsualujjuaq (Nunavik). Pour ce faire, quatre camps de Science ont été mis en place depuis 2016. Le projet Aquabio s’insère depuis 2018 dans un projet plus large : « IMALIRIJIIT » (cf. Entretient ci-dessous), à financements canadiens multiples. Concernant strictement le financement APR de l’OHMi Nunavik, les applications impliquent plusieurs laboratoires partenaires : Université de Montréal (Biologie, Géographie, Chimie), Université du Québec à Trois-Rivières, et le CNRS en France (IGE, Grenoble). Les résultats acquis depuis 2016 sont disponibles dans les rapports annuels d’activité du projet, et le dossier « Hydrologie » dans la liste des pièces jointes PDF. Ce programme d’APRs couvre deux objectifs principaux. D’abord analyser en hydrologie fluviale depuis 2016 les résultats des campagnes in-situ (mesures de bouées pour la qualité des eaux) couplées avec des analyses d’images satellites optiques (Landsat-8 et Sentinel-2). Ensuite, appliquer une étude multitemporelle en télédétection spatiale (Landsat-5, -7 et  -8) qui couvre sur 30 ans (1985-2000-2015) l’évolution de la végétation sur l’ensemble du bassin versant et ses liens avec l'hydrologie. Une cartographie détaillée est phase de finalisation, qualifiant et quantifiant à échelle fine les zones de densification de la végétation sur la période trentenaire et leur évolution statistique par pas de 15 ans. L’analyse par télédétection est complétée par des relevés de terrain effectués à l’été 2018. Cette étude écologique est primordiale pour mieux comprendre l'impact climatique en Arctique (« Arctic Greening ») et les modifications de la végétation avec ses conséquences sur les populations locales (ressources alimentaires naturelles). Les travaux se poursuivent en 2020 avec l'application de nouveaux indices statistiques en télédétection (NARI) pour le suivi des arbustes à petits fruits et de l'impact climatique récent sur leur dynamique. L'ensemble est complété par un suivi de cartographie interactive depuis 2016, impliquant la communauté (Th. Herrmann, UMontréal).

  • Entretient avec José Gérin-Lajoie, Co-porteur du projet AQUABIO/IMALIRIJIITLocalisation George River
  • Comment est né le projet ?

Le Bassin de la rivière George est un vaste territoire (42 000 km2, 565 km de longueur) qui s’étend depuis la forêt boréale au sud jusqu’à l’arctique au nord. Il représente un haut lieu d'activités traditionnelles pratiquées par les habitants de Kangiqsualujjuaq telles que la chasse, la pêche et la cueillette. S'inquiétant des impacts potentiels d'une mine de terres rares dans le haut du bassin versant de la rivière George, la communauté a souhaité mettre en place son propre programme de suivi environnemental indépendant et à long-terme. Ce projet vise à documenter l'état de la qualité de l'eau avant et pendant les opération de la mine et d'encourager le développement de compétences à l'échelle locale. C'est ainsi que le programme de biosurveillance aquatique communautaire sur la rivière George, IMALIRIJIIT ("Ceux qui étudient l'eau" en Inuktitut), a été initié au cours de 2016 en tant que projet-pilote. Ce programme privilégie une approche pratique basée sur le territoire ,  pour un suivi environnemental communautaire et durable de la rivière George qui implique des jeunes, des aînés, des experts locaux et des chercheurs.  Ce projet a émergé de la communauté suite à un processus de consultation avec plusieurs organismes locaux en 2015 au cours duquel plusieurs scénarios ont été mis en avant dont la qualité de l'eau lié à l'aménagement de la mine.

  • Quels sont les interlocuteurs ? Quelle est l’équipe ?

Grâce à de nombreux partenariats entre la communauté et les chercheurs de différentes universités, des agences gouvernementales, des experts locaux et des ONG locales, l'équipe du projet IMALIRIJIIT se particularise par son aspect multidisciplinaire et son fort ancrage dans la communauté.

Composition de l'équipe:

  • - José Gérin-Lajoie (co-porteur Québec du projet IMALIRIJIIT et de l'APR 2016-2017, Chargée de projet à l'Université du Québec à Trois-Rivière)
  • - Jean-Pierre Dedieu (Co-Porteur France de l'APR 2016-2020, Chargé de recherche sénior au CNRS/IGE Grenoble)

      - Esther Lévesque (Co-Porteur Québec de l'APR 2019-2020, Professeure au département des sciences de l'environnement à l'Université du Québec à Trois-Rivières)

  •  - Jan Franssen  (Co-Porteur Québec de l'APR 2018, Professeur au département de géographie de l'Université de Montréal)
  • - Marc Amyot (Professeur au département de sciences biologiques de l'Université de Montréal)
  • Thora M. Herrmann (Professeure Agrégée au département de géographie à l'Université de Montréal)
  • Gwyneth A. MacMillan (ancienne co-porteur IMALIRIJIIT, PostDoc Université McGill, Montréal)
  • Hilda Snowball  (co-porteur du projet IMALIRIJIIT, KRG Council et Maire de Kangiqsujuaqlujjuaq 2012-2018)
  • - Geneviève Dubois (coordonnatrice du projet IMALIRIJIIT depuis 2018)
  • - Megan Gavin (Étudiante au environmental technology program à Arctic College Iqaluit)
  • - Xavier Dallaire (Étudiant à la maîtrise, Université Laval, spécialisation: Génétique des populations d'ombles chevaliers)
  • - Émilie Hébert-Houle (ancienne co-porteur IMALIRIJIIT et coordonnatrice jeunesse 2016-2017)
  • - Mathieu Monfette (étudiant à la maîtrise en hydrologie, Université de Montréal, spécialisation: les dynamiques hydrologiques de la rivière george
  • - Justine A. Rowell (étudiante à la maîtrise en Chimie, Université de Montréal)
  • - Tim Anaviapik Soucie (Chercheur Inuk en suivi communautaire de la qualité de l'eau, Port Inlet, Nunavut, page facebook dédiée au projet 
  • - Eleonora Townley (Enseignante à l'école Uluriaq à Kangiqsujuaqlujjuaq, présidente du Youth Commiitte, co-gérante de la station scientifique du CEN à Kangiqsualujjuaq).
  • - Jeannie Annanack (membre du Youth Committee et co-gérante de la scation scientifique CEN à Kangiqsualujjuaq)
  • - Johann Housset (Société Acina, Montpellier, collaborateur en analyse du changement de la végétation par télédétection)
  • - Arthur Bayle (Laboratoire d'Ecologie Alpine, Grenoble, collaborateur en analyse du changement de la végétation par télédétection)
  • - Elise Rioux Paquette (Responsable de l'éducation à Parc Nunavik)
  • water quality sampling
  • Comment a-t-on procédé ? Quelle démarche a-t-on utilisé ? Comment travaille-t-on ensemble localement ?

Le premier objectif du programme IMALIRIJIIT a été de mettre en place un suivi communautaire, collaboratif et durable de l'environnement associé au bassin versant de la rivière George, tel que demandé par la communauté. Ceci se concrétisa par la création de de camps scientifiques sur le territoire qui ont eu lieu depuis 2016. Ces camps ont une mission à la fois scientifique et éducative visant à former les jeunes Inuit aux techniques de la science à travers une approche concrète basée sur le territoire, à la collecte rigoureuse d'échantillons destinés à l'évaluation de la qualité de l'eau (e.g. concentration en chlorophylle, pH, conductivité),  le renforcement des capacités locales en matière de surveillance de la qualité de l'eau ainsi que l'étude des contaminants dans la nourriture traditionnelle. Par conséquent, la continuité a été depuis le début un élément essentiel à l’établissement d’un lien de confiance et d’une collaboration fructueuse à long terme.

Le deuxième objective du programme a été d'étudier la qualité de l'eau et les changements environnementaux à l'échelle du bassin versant à l'aide de la télédétection. Des mesures in situ servent ont servi à valider trois paramètres de qualité de l'eau à l'échelle du bassin versant: la transparence de l'eau, la productivité aquatique (chlorophylle-a) et la température. Les connaissances environnementales tradionnelles ont représenté un autre outil pour documenter les changements au niveau de la fréquentation du territoire du bassin versant de la rivière George et pour déterminer la localisation des stations d'échantillonnages.

water sampling and physical chemistry measurementsLe troisième objectif du programme IMALIRIJIIT a enfin été de développer une carte multimedia interactive du bassin versant (en utilisant la plateforme Umap). Ce nouvel outil a permis d'intégrer les données quantitatives et qualitatives basées sur les connaissances traditionnelles et les observations de la population locale sur le territoire du bassin versant pendant les camps et collectes de données. Ces informations ont été présentées de façon visuelle (vidéo, photos) et sonore (extraits d'entrevues). Un atelier de formation en cartographie interactive a été organisé au printemps 2018 au département de géographie de l'Université de Montréal. Les participants comprenaient des habitants de Kangisualujjuaq (Jeune Inuk), de Kuujjuaq (Employé), de Kawawachikamach (Jeune Naskapi).

Depuis 2016, la communauté de Kangiqsualujjuaq a été fortement impliquée dans tous les aspects logistiques et financiers. Les fonds nécessaires à la réalisation de ce projet ont été fournis à la fois par la communauté et les chercheurs. Le comité local de jeunes ainsi que la municipalité (Village Nordique de Kangisualujjuuaq) sont des acteurs essentiels au projet depuis le début.

  • Quels sont les événements les plus marquants ? 

Les cérémonies de mi-Camp et fin de camp soulignent à chaque année l'engagement des jeunes comme scientifiques en herbes qui se fait aussi ressentir à travers les commentaires très positifs exprimés pendant et à la fin des camps: “you always have cool stuff” “I love science”. Les gens prennent de plus en plus goût à ce camp en demandant quand sera le prochain et en partageant des suggestions pour l'année suivante. Chaque année la communauté s'approprie de plus en plus le projet avec une vision à long-terme et durable. Il s'agit d'un bon exemple d'une approche émergente basée sur la demande de la communauté et qui est devenu un programme de recherche de plus en plus important.

  • Quels sont les résultats produits ?

Les échantillons de lichens collectés autour du village et dans le bassin versant ont démontré leur efficacité en tant que bio-indicateur de la qualité de l'air. De nouvelles données sur les plantes et animaux sont en train d'être analysées afin de fournir un état de référence sur les concentrations naturelles de métaux au sein des milieux nordiques. Ces indicateurs permettront de surveiller la qualité de l'eau, les plantes et les animaux dans un contexte de changement climatique et d'exploitation des ressources naturelles.Les données de télédétection visent à mesurer les changements au niveau de la végétation des 30 dernières années et à extrapoler certains paramètres de la qualité de l'eau à l'échelle du bassin versant. Cependant de nombreux défis persistent.

Durant les camps scientifiques sur le territoire, les jeunes ont pu s'initier à diverses disciplines des sciences de l'environnement et de la terre et pratiquer des protocoles scientifiques de collectes de données. La participation aux différentes mesures scientifiques avec des adultes et aînés de la communauté ainsi que des chercheurs a eu un impact positif sur les jeunes et sur leur perception de la science. Ces camps ont de plus servis à renforcer les liens entre les aînés et jeunes, ainsi qu'entre les jeunes et les chercheurs. La qualité et la réussite de ces camps ont d'ailleurs été reconnues et partagées publiquement par des membres de la communauté .

Macro invertebrate inventory in a creek draining into George River

Grâce à son approche pratique basée sur le territoire, le programme IMALIRIJIIT a permis à la communauté de Kangiqsualujjuaq et aux chercheurs de combiner les savoirs Inuit et scientifiques et de mettre en lumière leur complémentarité (e.g. Observation, analyse, résolution de problèmes). Toutes ces caractéristiques ont favorisé un meilleur engagement des jeunes dans le processus d'apprentissage. La production d'une carte interactive représentera un bon outil de diffusion multimédia favorisant la démocratisation des savoirs tant pour les communautés Inuit et scientifiques.

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  • Les liens vers des sites web et publications créés pour ce projet en particulier

- Site Web du LabEx DRIHHM 2019 : fiches métadonnées des applications scientifiques